Litterature
Posté le 01.10.2007 par nobodycares
Est-il possible d'émettre un avis constructif et clair sur une œuvre comme "Le Dieu venu du Centaure" de Philip K. Dick ??
La réponse est: certainement. Mais je ne m'en sens clairement pas capable.
Le livre brasse un nombre de concepts et d'idées assez vertigineux et le style Dickien est toujours aussi efficace. Ça se lit d'une traite, les moult petits détails et la fascination que suscite l'histoire font qu'il est impossible de s'ennuyer à la lecture de ce chef-d'œuvre.
Voilà, il m'est difficile de vous en dire plus sans risquer de vous gâcher le plaisir ou sans risquer de paraître très obscur pour tous ceux qui n'ont pas lu le roman.
Je ne peux que vous encouragez à découvrir cette petite merveille, pour les fans de K. Dick c'est que du bonheur. Pour les non-initiés, ce n'est peut-être pas le bon bouquin pour commencer l'œuvre Dickienne. Et pour tous les amateurs de Science-fiction, c'est sûrement une des plus grandes réussites que le genre ait jamais connu, immense.
Pour ceux qui souhaiterait se faire une (infime) idée de l'histoire, je vous met le pitch du livre que l'on peut trouver sur l'excellent site http://Le-ParaDick.com/.:
"Barney Mayerson, le prevog (cognitif) en chef des «Combinés Poupée Pat» a bien des soucis, entre ses tentatives d'échapper au recrutement, ses regrets d'avoir sacrifié sa femme à son ascension sociale, et ses maneouvres pour continuer cette ascension.
Son patron, Leo Bulero aussi a des soucis. Il contrôle en sous-main le trafic du D-Liss , une drogue extra-terrestre illégale qui permet, utilisée en combinaison avec un combiné Poupée Pat, aux colons sur les planètes extérieures d'oublier leurs dures conditions de vie en se réincarnant dans les personnages du combiné. Or voilà qu'apparaît le K-Priss et qu'il vient attaquer le monopole du D-Liss.
C'est Palmer Eldritch qui contrôle le K-Priss. Parti il y'a une dizaine d'années pour le système proxien, il en a ramené cette nouvelle drogue, qui permet au sujet de façonner le monde à son gré dans une réalité alternée.
Mais cet inquiétant Palmer Eldritch, avec son bras mécanique, ses yeux Fenders et sa mâchoire en acier , est-il réellement humain ou n'est-ce qu'un simulacre? Et pourquoi est-il présent dans chacun des mondes artificiels du K-Priss? "
PHILIP K.DICK RULES !!
Posté le 21.09.2007 par nobodycares
Écrit en 1954, "Sa majesté des Mouches" est le premier roman de William Golding qui gagnera plus tard le Prix nobel de littérature.
Et, pour un coup d'essai , c'est un coup de maître, car "Sa majesté des Mouches", en plus d'être le livre le plus connu de son auteur, est aussi considéré comme une œuvre majeure en Anglettere ou aux Etats-Unis. Un peu moins célèbre en France, le livre y jouit tout de même d'une belle réputation.
Le roman raconte l'histoire d'une bande d'enfants britanniques qui se voient, après que leur avion se soit crashé, contraints d'essayer de survivre sur une île déserte.
À partir de ce pitch simple mais efficace, Golding se livre à une étude passionnante sur l'utilité de la civilisation et sur son opposition avec la barbarie instinctive de l'Homme.
Il n'y a aucun adulte dans qui intervient dans le récit, et les dialogues sont donc très "enfantins". Cela donne un côté très original au livre et l'innocence supposée de ceux-ci rend les scènes barbares d'autant plus choquantes.
Car "Sa majesté des Mouches" est une œuvre violente, parfois même à la limite du supportable. Golding ne recule devant rien pour étayer sa démonstration et la longue descente aux enfers de cette micro-société comporte quelques moments d'une rare barbarie.
Au niveau du style, c'est très bon, mais je ne pense pas que la traduction soit à la hauteur du texte original. Non pas que le traducteur y ait mit de la mauvaise volonté, mais on sent bien tout au long de la lecture que certains dialogues et certaines descriptions doivent être beaucoup plus fluides dans la langue de Shakespeare. Je retenterais bien de le lire en V.O sur j'arrive à mettre la main sur un exemplaire en Anglais.
À la lecture du livre, on se rend de plus compte de l'influence qu'à eut le livre sur tout un pan de la littérature et surtout du cinéma moderne. On pense tout de suite à des comme films le merveilleux "Delivrance" de John Boorman ou même à nos "Losties" préférés dont le chef s'appelle Jack, coïncidence ?? ("Hey that's joïncidence with a C")
"Sa majesté des Mouches" est donc une réussite totale, une œuvre forte dont l'intelligence du propos n'a d'égale que l'atrocité inévitable avec laquelle les événements s'enchaînent tout au long de la lecture.
Posté le 18.09.2007 par nobodycares
Je me lance dans un exercice tout nouveau pour moi, au lieu de vous parler de cinéma ou de séries comme j'en ai l'habitude, je vais essayer de donner mon avis sur un livre.
Et la première (et dernière) ? "critique" que je vous offre est celle d'un livre majeur de la littérature américaine moderne, quitte à se jeter dans le bain, autant le faire avec un chef-d'œuvre !
Parce que oui, "Le Bruit et la Fureur" est un chef-d'œuvre, une œuvre forte et très difficile d'accès, plusieurs lectures seront nécessaires pour tenter de capter toutes les nuances de récit.
En prenant pour prétexte un drame familial typique se déroulant dans le sud des Etats-Unis à l'aube de la crise de 1929, Faulkner se livre à un exercice très périlleux : la retranscription du processus de la pensée humaine. Et pour se faire il divise son roman en quatre chapitres, se déroulant chacun en une journée, qui sont tous racontés d'un point de vu différent.
Le premier est sûrement le plus difficile à appréhender, mais aussi le plus fascinant des quatre, cette journée du 7 avril 1928 nous est contée du point de vu de Benjy Compson, un des fils de la famille qui a la particularité d'être un simplet. Alors il est difficile de décrire ce que l'on ressent à la lecture de ce premier chapitre, on est tout d'abord un peu surpris, on ne comprend pas grand-chose, mais la beauté du style est telle qu'on se laisse porter par ce flot de pensées chaotique qui n'a de sens que pour Benjy. On arrive à capter par bribes quelques informations sur les événements qui ponctuent cette journée du printemps 1928 mais il serait malhonnête de prétendre le l'on a vraiment saisi ce qui se passait, mais peu importe, l'essentiel, c'est la virtuosité avec laquelle Faulkner retranscrit les pensées de ce pauvre Benjy, c'est tout simplement brillant.
Le second chapitre est un flash-back qui suit les états d'âme de Quentin Compson, un des frères de Benjy, qui en cette journée du 2 juin 1910 va décider de mettre fin à ses jours. Et c'est mon chapitre préféré, le personnage de Quentin étant de loin le plus attachant, c'est bouleversant de le voir ainsi ressasser sans cesse ses soucis (à dire 10 fois de suite :-D). Au niveau du style, c'est là aussi d'une beauté infinie, Faulkner ose tout, il nous perd dans les méandres de ces tergiversations suicidaires, mais jamais on ne se sent perdu, au contraire, la dernière journée de ce personnage dont on vient de faire la connaissance nous perce le cœur. L'épisode de la petite fille perdue est un sommet d'émotion et de pureté cristalline, c'est mon passage favori de tout le livre, rien que d'y repenser j'en ai encore des frissons.
C'est dans la tête de Jason Compson, le deuxième frère de Quentin, que l'on va vivre le 6 avril 1928.
Jason c'est le personnage antipathique par excellence, il broie du noir tout au long de ses journées et il n'a de cesse de se plaindre et de se prendre pour un saint martyr. Le fait que le personnage soit aussi insupportable rend la lecture de ce troisième chapitre assez laborieuse, non pas que ce soit mal écrit mais cela m'a vraiment fatigué de suivre des pensées aussi négatives pendant plus de 60 pages. Et le fait que le style de Faulkner redevienne un peu plus classique n'est certainement pas étranger au fait que c'est le chapitre auquel j'accroche le moins.
Et enfin l'épilogue qui se déroule le 8 avril 1928. Retour à la "normale" puisque cet ultime chapitre reprend le concept du narrateur omniscient, ce qui permet au lecteur de comprendre beaucoup de choses restées obscures jusqu'à maintenant. Les premières descriptions de lieux et de personnages arrivent dans cette quatrième partie et l'on peut enfin avoir une image mentale de ces personnages que l'on suit avec passion depuis maintenant plus de 200 pages.
Une autre particularité du livre, c'est que le personnage central du roman n'a pas de chapitre dédié. Candace Compson, dit Caddy, est clairement la pièce maîtresse de ce puzzle littéraire mais jamais on ne connaîtra son point de vu, on ne pourra se faire une idée de son caractère qu'à travers le prisme déformé des pensées de trois frères que tout oppose.
Voilà, "Le Bruit et la Fureur" renferme encore 1001 idées qui en font un chef-d'œuvre absolu mais aussi un livre difficile d'accès. Le fait d'avoir nommé deux personnages Quentin en est l'exemple parfait, c'est lourd de sens, mais cela rend le récit d'autant plus confus.
En conclusion je ne peux que vous encourager à découvrir cette petite merveille, le style très particulier en dégoûtera sûrement certains mais pour les autres, la fulgurance de William Faulkner vous laissera sans voix. Inestimable, voilà le mot qui résume le mieux ce classique.
P.S: pour ceux qui le liront dans l'excellente édition de poche chez folio, je vous inivte à lire l'excellente introduction du traducteur qui parvient à résumer le livre de manière assez limpide mais il faut la lire
APRÈS le roman, sous peine de se voir gâcher tout le plaisir.
J'espère que ma première incursion dans le monde littéraire vous aura plu, j'attends vos remarques (positives ou négatives) dans les commentaires, see ya...