Il aura fallu attendre six ans pour voir débarquer sur nos écrans le nouveau film du Sean Penn réalisateur. Le bonhomme prend son temps entre ses films et c'est généralement une bonne chose tant il ne nous avait jamais déçu pas le passé. Après les excellents "The Indian Runner", "The Crossing Guard" et "The Pledge", il effectue un virage à 180 degrés en quittant l'intensité urbaine étouffante pour se pencher sur l'histoire vraie de Christopher Mccandless, ce jeune Américain issu d'une famille aisée qui décide de tout plaquer pour partir à l'aventure le jour où il obtient son diplôme universitaire, il part avec un objectif en tête : l'Alaska.
Le pitch de ce "Into The Wild" est donc très simple, un road-movie qui prend des airs des quête initiatique avec la nature comme personnage principal.
Alors l'histoire est, certes, touchante et la galerie de personnages secondaires est vraiment très attachante mais le film est bourré de petits "tics" qui font qu'il n'est pas si agréable à suivre que cela.
A commencer par ce personnage principal qui m'est très antipathique, ce petit "monsieur-je-sais-tout" qui, du haut de ses 23 ans, donne des leçons de vie à tout le monde et qui pense détenir la vérité absolue devient très vite énervant. On comprend ses motivations et on a même du respect pour ce qu'il entreprend, mais cette manie de vouloir faire de sa quête personnelle un acte que "tout le monde devrait faire au lieu de se laisser bouffer par la société, l'agent, bla bla bla ...." fait que le tout sent un peu trop le pamphlet pour être réellement touchant, et quand vient la scène-choc du film, et bah franchement on se dit qu'il l'a bien mérité !!
Le deuxième mauvais point du film, c'est cette voix-off qui vient nous narrer les états-d'âmes de la petite sœur abandonnée tout le long du film. Je comprends parfaitement les motivations de cette narration, elle vient nous rappeler que l'acte égoïste de Chris n'est pas sans conséquences et que, pendant qu'il s'éclate, il fait souffrir des gens qu'il aime. C'est plutôt la façon dont le texte est écrit qui me dérange, trop littéraire pour être touchant et trop disparate pour marquer durablement le spectateur. C'est vraiment dommage, surtout que Jena Malone est, comme toujours, absolument parfaite dans le rôle.
Mais ce qui dérange le plus dans "Into The Wild" ce sont sans aucun doute les "tics" de mise en scène qui étaient jusqu'ici totalement absents des films de Penn. Et c'est d'autant plus gênant que le film parle de pureté et de la beauté de la nature, la simplicité était de mise, mais non, au lieu de cela Penn nous sort une multitude d'effets "tape-à-l'œil" et inutiles. Tout y passe, du ralenti en passant pas le "split-screen" jusqu'à un vilain plan tournoyant au-dessus du personnage qui rappelle fortement un certain "I'm the king of the world !!!!!!!!!". L'artificialité de la mise en scène annihile donc un bon nombre de séquences qui auraient été magnifiques avec un peu plus de sobriété, n'est pas Terrence Mallick qui veut...
Mais "Into The Wild" n'est pas un grand "ratage", il possède même beaucoup de qualités qui feraient presque oublier les défauts que je viens de citer.
A commencer par le casting qui est, comme dans les précédents films de Penn, proche de la perfection. Le jeune Émile Hirsh est très impressionnant dans le rôle principal, on sent qu'il s'est vraiment investi à 100 % dans le personnage et sa performance mérite un respect absolu. Il s'est même transformé physiquement pour le rôle, il a perdu quelques kilos et les dernières scènes du film font vraiment froid dans le dos.
Et puis il y a tous ces personnages secondaires, dont je parlais plus haut, qui viennent ponctuer le film, et ce sont vraiment eux qui sont l'âme de "Into The Wild". Du couple de hippies campé par un excellent Brian Dierker et une Catherine Keener comme toujours parfaite, au vieux papy en manque de compagnie interprété par le très touchant Hal Hol Brook, en passant par Vince Vaughn qui vient faire une courte apparition en fermier criminel ou la jeune Kristen Stewart en "withe trash" en quête d'amour, ils sont tous excellents, tous intéressants et ce sont vraiment leurs interactions avec Chris qui font toute la force du film.
Et puis, même si les "tics" dont je parlais plus haut sont agaçants, il reste tout de même quelques plans d'une rare beauté, sublimés il est vrai par le splendide travail d'Eric Gautier à la photographie et la musique envoûtante du trio Brook, King, Vedder.
Au final, "Into The Wild" est un film bancal dont la forme est parfois un peu trop en contradiction avec le fond pour être totalement réussi, mais qui reste à voir ne serait-ce que pour cette galerie d'excellents acteurs et les quelques très beaux plans que l'on retrouve parsemés tout au long de ces deux heures et demie. Le moins bon film de Sean Penn mais un bon film quand même.
7/10