J'attendais beaucoup de ce deuxième volet du diptyque d'Iwo Jima, comme j'ai eu l'occasion d'en parler sur ce blog, j'avais vraiment adoré "Flags Of Our Fathers" et on m'avait di beaucoup de bien de ce "Letters From Iwo Jima", c'est donc avec une excitation à peine contenue que je commençais la séance. Commençons tout d'abord par souligner l'originalité et l'intelligence de la démarche d'Eastwood, c'est quand même un réalisateur qui choisit de mettre en scène le camp adverse, dans une langue dont il ne parle pas un mot et il réussit le tout sans jamais avoir recours au manichéisme, juste pour ça, ce "Letters From Iwo Jima" est une œuvre nécessaire et respectable.
Le film fait donc écho aux événements que l'on a suivi dans "Flags Of Our Fathers" mais cette fois-ci en se focalisant sur le camp japonais et, dès le début, Clint Eastwood nous annonce la couleur, ce que l'on va suivre pendant plus de deux heures, c'est la chronique d'une défaite annoncée et inévitable et surtout les réactions des différents soldats qui sont voués à une mort quasi certaine.
Le sujet est donc tragique et, en faisant cela, Eastwood retire tout le suspense et désamorce les enjeux habituels du film de guerre et permet ainsi au spectateur de se concentrer sur l'essentiel : les personnages. Et de ce côté-là, c'est une réussite totale, ils sont tous complexes, passionnants, touchants et profondément humain, Eastwood humanise l'ennemi et ça c'est tellement rare que ça fait franchement plaisir.
Du général qui veut être patriote, mais qui sait pertinemment que l'image de l'ennemi vendu par la propagande de l'empire est très loin de la réalité qu'il connaît, celui-ci ayant en effet vécu aux États-Unis, au tout jeune boulanger ayant été forcé de quitter sa femme enceinte pour mener une guerre qu'il n'a pas choisi en passant par l'ancien médaillé olympique qui se retrouve au milieu de cette bataille, ils sont tous passionnants et les plus de deux heures que dure le film passent vraiment très vite.
La réalisation d'Estwood est toujours aussi parfaite, les cadrages, les mouvements, les angles de caméra, tous les aspects de sa mise en scène respirent la classe et l'intelligence, c'est un régal de tous les instants et il se dégage de ce "Letters From Iwo Jima" une immense fluidité et une grande lisibilité, rien à redire.
La photographie de Tom Stern est, bien que très différente de celle de "Flags Of Our Fathers", toujours aussi magnifique. Chaque plan est un tableau de maître, de ses plans d'ensemble sur les bombardements jusqu'aux gros plans sur les visages, pas une faute de goût, c'est splendide, tout simplement.
Les acteurs sont tous parfaits, mais trois performances sortent clairement du lot. Tout d'abord celle du jeune Kazunai Nomomiya, son personnage est peut-être le moins complexe, mais c'est aussi le plus directement touchant, il retranscrit à merveille cette "insouciance" et cette "optimisme" qui vous fend le cœur, il est de plus franchement excellent dans le flash-back qui le met en scène avec sa femme. Ensuite il y a Tsuyoshi Ihara dans le rôle du Baron Nishi, là encore c'est une prestation sans failles, il dégage une grande sagesse et la lecture de la lettre du soldat américain est sans aucun doute la scène la plus marquante du film, bouleversant. Mais l'acteur qui se détache vraiment du lot, c'est bien entendu Ken Watanabe. Son personnage est clairement le plus intéressant du film et il l'incarne à la perfection, il retranscrit parfaitement toutes les contradictions du personnage, charismatique et ultra-patriotique en public et terriblement touchant et humaniste lorsqu'il ne s'adresse qu'à un interlocuteur, c'est vraiment un immense personnage interprèté par un acteur qui trouve ici son meilleur rôle.
Mais il y a tout de même quelques petits défauts dans ce "Letters From Iwo Jima", rien de bien grave, mais il fallait que j'en parle. Quelques flashbacks ne servent qu'à faire respirer le film et n'apportent pas grand-chose au tout, on comprend parfaitement la nécessité de ceux-ci, mais il n'en reste pas moins que certains d'entre eux ne sont vraiment pas très intéressants. Mais le plus gros défaut du film selon moi, c'est la répétition du thème principal de Kyle Eastwood, non pas que la musique soit mauvaise en elle-même, au contraire même, mais on nous la ressort dès qu'il y a un moment d'émotion et, à la longue, c'est vraiment trop répétitif, un peu de diversité aurait été la bienvenue.
Au final "Letters From Iwo Jima" est un excellent film, peut-être moins profond que "Flags Of Our Fathers" mais tout aussi touchant et maîtrisé. Il confirme de plus la forme exceptionnelle de Clint Eastwood qui, à bientôt 78 ans, est en train de se construire la fin de carrière la plus impressionnante de tous les temps, énorme !
8,5/10