Deux ans après le très sympathique "Hellboy", Guillermo Del Toro, un des réalisateurs qui représente le mieux la comunauté "geek", est de retour avec ce qu'il annonce comme étant son film le plus personnel, alors forcément, ça attise la curiosité.
L'accueil de la critique fut plutôt mitigé, le film fut totalement boudé à Cannes, mais ça on pouvait s'y attendre, et les avis sont généralement très tranchés, en gros on crie au chef-d'œuvre où l'on trouve ça "tout pourri". Je ne savais donc pas du tout à quoi m'attendre en enfournant le Hd-Dvd (oui j'me la pète :-D) dans le lecteur, et dès le premier plan du film, tous les doutes se sont envolés, ça allait être une expérience extraordinaire, un point c'est tout !
Et extraordinaire ça le fut, il va être très difficile d'expliquer avec des mots toute la puissance évocatrice de ce grand chef-d'œuvre, parce que grand chef-d'œuvre il y a, sans aucun doute !
"Le Labyrinthe de Pan" raconte l'histoire d'une jeune fille et de sa mère enceinte qui déménagent pour aller rejoindre le nouveau mari de celle-ci qui se trouve être un capitaine franquiste. La jeune fille qui répond au doux nom d'Ofelia trouvera en arrivant là-bas deux mondes bien distincts : d'un côté celui bien réel des horreurs commises par l'armée franquiste et donc son beau-père et de l'autre un monde imaginaire peuplé de créatures étranges et intrigantes qu'elle s'invente.
Alors il est clair que dans l'idée, le pitch n'a rien d'original, s'évader d'une réalité morose en se réfugiant dans un monde imaginaire rassurant est un concept que l'on a déjà vu des dizaines de fois.
Mais toute l'originalité de "Le Labyrinthe de Pan" réside dans le fait que l'univers fantasmé par Ofelia n'a rien de rassurant, il possède ses propres codes, ses propres personnages ambigus et surtout ses propres dangers.
Et c'est bien là la grande force du film, le récit imaginé par Guillermo Del Toro est magnifique et plein de sincérité, mais l'on ressent également une tristesse infinie, le génial réalisateur ne fait jamais de concessions, quitte à se mettre à dos tout un pan du public qui ne supporte pas que l'on puisse traiter un film si "fantasque" de manière aussi sérieuse.
Mais laissons les boudeurs faire la fine bouche, "Le Labyrinthe de Pan" propose une réflexion très juste sur la nécessité absolue du pouvoir de l'imagination, mais il est catégorique sur le fait qu'il ne faille pas que ces univers fantasmagoriques soient édulcorés ou formatés comme c'est le cas dans 90 % des films de genre actuel.
Et en plus de cette déclaration d'amour absolue au cinéma qu'il aime et qu'il défend, Guillermo Del Toro propose aussi une œuvre forte et violente, la partie se déroulant dans le "monde réel" étant d'une horreur réaliste absolue.
La mise en scène est d'une beauté, d'une efficacité et surtout d'une intelligence à couper le souffle. La caméra de Del Toro est constamment en mouvement et le montage de Bernat Vilaplana est très proche de la perfection. On est happé par le film dès les premières images, on est assaillis par un torrent d'émotions divers allant de la colère au dégoût en passant par la fascination absolue pour ce personnage mythique qu'est le "Pale Man", une chose est sûre, on ne ressort pas indemne d'une telle expérience, on a l'impression d'avoir assisté à une œuvre majeure, enfin en gros c'est la grosse tatane dans les gencives !!
Et l'aspect visuel du film dont je viens de parler est SUBLIMÉ, et je pèse mes mots, par un travail époustouflant de Guillermo Navarro à la photographie. Alors je l'ai vu en HD donc ça aide forcément mais putain qu'est ce que c'est beau. Chaque plan est travaillé comme un tableau de maître, les deux univers ont leurs personnalités propres et on en prend plein les mirettes pendant deux heures. La première nuit dans la chambre d'Ofelia et de sa mère est, par exemple, belle à en pleurer, les tons très froids et bleutés de cette chambre se mêlent magnifiquement avec la chaleur "dorée" qui s'échappe de la cheminée, c'est splendide !! Guillermo Navarro n'a certainement pas volé son Oscar, un immense coup de chapeau à lui, vraiment !!
L'univers sonore du film est tout aussi riche que son homologue visuel, les bruitages sont travaillés avec un soin tout particulier et la musique de Javier Navarrete est sublime et pas du tout envahissante et ça c'est une qualité inestimable.
Et pour couronner le tout, on a le droit à un cast exceptionnel, tous les seconds rôles sont parfaits, mais deux performances se détachent clairement du reste.
Tout d'abord la jeune Ivana Baquero qui, à 12 ans, livre une préstation bouleversante Elle est impressionnante de maturité tout le long, mais elle sait garder cette étincelle enfantine si particulière qui fait que l'on sent qu'elle y croirait presque vraiment et elle nous fait croire par la même occasion. La scène finale dans le labyrinthe est d'une justesse surnaturelle, à la fois horrible et sublime, elle touche le spectateur au cœur et ancre définitivement le film dans sa mémoire, c'est juste immense.
Mais la grosse claque nous est délivrée par le toujours très bon Sergi Lopez. Il incarne ce personnage de salaud ultime sans jamais tomber dans la caricature, il est violent, odieux, cruel et antipathique au possible, mais il parvient tout de même à être touchant à plusieurs reprises et ça, c'est juste énorme. La séquence durant laquelle il se rase devant le miroir avec la montre de son père à ses côtés et d'une justesse et d'une intensité cataclysmiques, je n'en dis pas plus pour ne pas spoiler, mais c'est grand.
"Le Labyrinthe de Pan" s'impose donc comme un immense chef-d'œuvre, Gulliermo Del Toro a su allier un fond très intelligent à une forme époustouflante, et il a donné au tout des accents de déclaration d'amour à un cinéma de genre en perdition totale et juste pour cela, son film mérite un respect absolu !!
10/10
Moi je l'ai en DVD il est bien, je le trouve néanmoins triste à la fin.