J'ai enfin pu voir "Paris, Je T'aime", alors je n'en attendais plus grand chose il faut le dire, tellement de noms prestigieux ont été attachés au projet que l'équipe finale ne fait finalement pas si rêver que cela. Il reste cependant quelques grands noms, aussi bien acteurs que réalisateurs, et je m'attendais à passer un bon moment sans être surpris. Et bien, pour une fois, mes expectations se sont avérées totalement réalistes tant ce "Paris, Je T'aime" est, dans l'ensemble, très sympathique mais loin d'être inoubliable.
Pour ceux qui ne connaitraient pas le concept du film c'est très simple, 18 réalisateurs, 18 quartiers de Paris, 18 court-métrages et 2 thèmes: Paris et l'Amour.
Je vais donc, succintement, vous donner mon avis sur les 18 segments du film, par ordre chronologique.
Montmartre de Bruno Podalydès:
On commence par une petite rencontre sympathique entre un parisien blasé et une femme qui fait un malaise devant sa voiture. C'est très anecdotique mais loin d'être désagréable, Bruno Podalydès livre une interpretation tout à fait correcte et une mise en scène un peu trop fade à mon goût, mais c'est peut-être aussi le contexte qui veut cela. Florence Muller est bien, même si son rôle se résume à quelques lignes.
Quais de Seine de Gurinder Chadha:
Les intentions du réalisateur sont bonnes bien que très naïves. Le problème c'est que c'est bourré de clichés et que l'on n'y croit pas une seule seconde. Reste deux acteurs principaux bien sympathiques qui débitent des niaiseries, le reste du casting, en particulier les "potes", étant quant à lui, très médiocre. Sinon, Leïla Bekhti est splendide et son sourire rend l'insupportable pas si insupportable que cela, et c'est déjà pas mal.
Le Marais de Gus Van Sant:
Alors là je ne sais vraiment pas ce qui s'est passé, d'habitude j'adore Gus Van Sant mais j'ai vraiment du mal à comprendre l'intérêt de ce segment. Sa mise en scène, d'ordinaire si fluide et virtuose, est ici d'une banalité affligeante, comme son histoire de rencontre bilingue sans aucune envergure ou profondeur, à oublier au plus vite.
Tuilleries de Joel et Ethan Coen:
Les frères Coen qui mettent en scène Steve Buscemi dans le genre qui leur sied le mieux: le burlesque.
J'adore, c'est très drôle, ça passe très vite et on en redemande.
Loin Du 16ème de Walter Salles et Daniela Thomas:
Superbe !!
L'histoire de cette jeune fille qui quitte son enfant pour aller s'occuper de celui d'une autre transperce le coeur. La mise en scène toute en économie est aussi délicate que le sujet qu'elle sert. Catalina Sandina Moreno est bouleversante dans ce rôle quasi muet et le son de sa voix chantant cette contine en espagnol a quelque chose de profondément touchant.
Je suis littéralement conquis !!
Porte De Choisy de Christopher Doyle:
Complétement loufoque, le segment de Doyle a l'immense qualité d'être très divertissant.
On ne comprend à peu près rien à cette rencontre entre un vendeur en cosmétique et cette gérante d'un salon de coiffure à la fois boxeuse et mannequin mais ce n'est pas grave, on s'amuse, et c'est bien là le principal.
La mise en scène, très dynamique, termine d'installer la grande sympathie qui se dégage de ce "Porte De Choisy".
Et puis il y a Barbet Schroeder, quand même ....
Bastille d'Isabelle Coixet:
Très touchant, l'histoire de cette "quasi-rupture" qui s'avèrera en fin de compte n'être qu'un ultime renouvellement d'une relation condamnée à s'éteindre.
La réalisation toute en délicatesse est en parfait accord avec le sujet très émouvant et le couple d'acteurs est très bon.
La voix-off de Sergio Castellito est parfaite, comme le texte qu'il récite.
Place Des Victoires de Nobuhiro Suwa:
La photographie de Pascal Marti est splendide, les éclairages sont vraiment la grande force de ce segment. A part cela c'est, malheureusement, très anecdotique. J'attendais beaucoup plus d'un segment avec Juliette Binoche et Willem Dafoe. ça reste tout à fait correct mais on est loin d'exploiter le potentiel infini de ces deux grands acteurs, c'est franchement dommage.
Tour Eiffel de Sylvain Chomet:
La rencontre amoureuse de deux mimes, en prison, c'est rigolo, c'est un peu moche mais c'est bien marrant.
Parc Monceau d'Alfonso Cuaron:
Enorme, un plan séquence de plus de 7 minutes, dans ta gueule.
Cuaron ne déçoit pas une seule seconde, la virtuosité caractéristique de sa mise en scène est ici mise au service de cette rencontre trompeuse, je n'en dis pas plus mais c'est assez savoureux.
Nick Nolte et Ludivine Saigner sont tous les deux parfaits, ce qui n'est pas peu dire quand on sait qu'il ne fallait pas faire une faute pendant sept minutes, chapeau bas.
Quartier Des Enfants Rouges d'Olivier Assayas:
Celui-là j'en attendais beaucoup, bah oui, il y a Maggie Gyllenhaal dedans et j'ai déjà eu l'occasion de m'étendre longuement sur l'admiration que je lui porte.
Et bien au final c'est plutot très décevant, non pas que Maggie ou Assayas soient mauvais mais ça m'a plutôt gentiment ennuyé.
En gros: une actrice qui cherche du shit, c'est tout con mais, pour le coup, c'est tout !!
Place Des Fêtes d'Olivier Shmitz:
Aïssa Maïga est excellente, comme d'habitude.
En dehors de ça j'ai vraiment du mal à comprendre l'intérêt, il y a sûrement un truc qui a dû m'échapper, parce-qu'à part un ramassis de clichés je ne vois pas grand chose d'autre.
Pigalle de Richard LaGravenese:
Excellent, cette histoire de couple qui tente d'un peu pimenter leur quotidien monotone est vraiment excellente.
Voir Fanny Ardant et Bob Hoskins interagir de la sorte est un régal de tous les instants, surtout quand le texte est aussi savoureux.
Sinon la photographie est magnifique.
Quartier De La Madeleine de Vincenzo Natali:
Seul segment qui s'aventure dans le genre fantastique, et c'est franchement très bien.
Ce "coup de foudre" nocturne improbable entre un passant et une vampiresse est très rafraîchissant.
Elijah Wood est très bon dans ce rôle muet et la mise en scène très stylisée de Natali est en parfait accord avec le sujet.
Les tons bleutés très froids et le rouge très vif du sang contrastent merveilleusement bien, un très bon point pour Gérard Sterin à la photographie.
Père Lachaise de Wes Craven:
Wes Craven, qui enchaîne les daubes depuis maintenant plus de 10 ans, se prête à un autre genre que l'horreur et c'est, à ma grande surprise, franchement excellent.
Cette "presque rupture" a quelque chose de très touchant, de très "vrai".
Emily Mortimer et Rufus Sewell sont parfaits et on sent que le courant passe vraiment très bien entre eux.
En bref j'ai adoré !!
Faubourg Saint-Denis de Tom Tykwer:
Natalie Portman est, encore et toujours, excellente. Elle est, de plus, tout à fait resplendissante, ce qui ne gâche rien.
En dehors de cela, c'est très inégal, cette rencontre entre un aveugle et une aspirante actrice est, au mieux, moyenne.
La seule bonne scène c'est justement la rencontre, c'est astucieusement amené et plutôt bien exécuté. Pour le reste c'est franchement mauvais, à commencer par un Melchior Belson proche de l'exécrable, et puis cette séquence façon "Les Poupées Russes" mais en version dépressive est très irritante.
Quartier Latin de Gérard Depardieu et Frederic Auburtin:
La mise en scène de Depardieu et Auburtin se concentre sur l'essentiel: Gena Rowlands et Ben Gazzara.
Le dialogue est excellent, voir deux légendes se balancer de telles saloperies en sirotant un bon petit verre de vin a quelque chose d'assez jouissif. On est de plus totalement captivé par le charisme énorme de ces deux immenses acteurs.
Je n'ai qu'une chose à dire: encore !!
14ème d'Alexander Payne:
Pas mauvais mais sans aucun intérêt, on avait connu Payne beaucoup plus inspiré et on se dit que c'est vraiment très dommage de finir là dessus.