Le voilà, le troisième film tant attendu de James Gray, alors j'ai déjà eu l'occasion de vous dire tout le bien que je pensais de ses deux premiers films et j'attendais « We Own The Night » avec une excitation à peine contenue.
Alors autant le dire tout de suite je suis légèrement déçu, non pas que le film soit mauvais, loin de là même, mais je suis un peu resté sur ma fin. J'ai l'impression d'être passé à côté de la force du film, de ne pas totalement être rentré dans l'œuvre, mais en même temps, plus j'y repense et plus je me dis que c'était franchement excellent. Peut-être qu'une deuxième vision me sera nécessaire pour formuler un avis vraiment définitif mais pour l'instant je dois bien dire que je classerais « We Own The Night » un cran en dessous de « Little Odessa » et surtout de « The Yards ».
Je n'ai pourtant objectivement rien à reprocher au film, je risque même parfois d'être dithyrambique dans les lignes qui suivront, mais je ne peux pas l'expliquer, je n'ai pas ressenti « l'étincelle » qui est la force caractéristique des grands chefs-d'œuvres.
« We Own The Night » est d'abord une histoire de famille, une famille dont le père et l'un de ses fils sont deux membres éminents de la police New-yorkaise et dont le second fils, le vilain petit canard, est une figure montante du milieu de la nuit et qui fréquente de loin quelques caïds de la mafia russe. On retrouve donc les grands thèmes qui « obsèdent » James Gray et même si cela peut sembler d'apparence très classique, le traitement qui en est fait est loin de l'être.
Alors commençons par la mise en scène, comme l'on pouvait s'en douter, c'est encore une fois du grand art, Gray prend son temps entre ses films (sept ans je le rappelle entre « The Yards » et « We Own The Night ») mais quand il termine son œuvre, force est de constater que c'est à chaque fois techniquement irréprochable. Une réalisation très posée, très fluide, avec quelques moments de fulgurances bien impressionnants. Gray sait faire monter la pression comme peu, deux séquences sortent vraiment du lot à mes yeux, tout d'abord la « visite de l'atelier » dans laquelle le réalisateur fait preuve d'une maîtrise assez impressionnante du rythme et de l'espace et puis bien sûr cette poursuite en voiture sous la pluie tout bonnement suffocante d'intensité.
La photographie de Joaquin Baca-Asay n'est pas en reste, le bonhomme livre un travail splendide, notamment quelques extérieurs qui rendent à merveille l'ambiance nocturne d'un New York à la fois magnifique et dangereux. Il est aussi pour beaucoup dans la réussite des deux séquences dont je parlais plus haut, dans la première il contribue grandement à retranscrire cette « moiteur claustrophobique » et dans la seconde et bien il suffit d'avoir des yeux pour se rendre compte de la fulgurante beauté de ces scènes sous la pluie, superbe !!
Mais, on le sait, c'est bien à cause de sa direction d'acteurs que James Gray est un réalisateur exceptionnel, et son travail avec les acteurs de « We Own The Night » ne vient certainement pas me contredire, tous les acteurs sont parfaits, tout simplement. A commencer par LA grosse surprise du film: Eva Mendes sait jouer, alors je sais dit comme ça cela paraît assez improbable mais c'est vrai, elle est ici vraiment très bonne (oui je sais, elle était facile celle-là ...). Loin de ses interprétations habituelles de la bonasse de service, son personnage trouve ici une vraie profondeur, et, même si elle n'est finalement pas très présente à l'écran, son rôle est vraiment essentiel.
On retrouve aussi Robert Duvall et Mark Wahlberg, ils sont tous les deux comme d'habitude excellents même si l'on pourra regretter la trop grande discrétion de Wahlberg mais c'est clairement le rôle qui veut cela.
Et puis il y a Joaquin Phoenix, immense !! C'est lui qui tient le film sur ses épaules, l'évolution de son personnage est très complexe et pourtant magnifiquement bien écrite. Il nous livre un personnage complet, et il crève littéralement l'écran. Alors on commence à en avoir l'habitude, mais il continue d'impressionner film après film, et ce quel que soit le rôle qu'il interprète. Après avoir raté deux fois l'Oscar pour « Gladiator » et « Walk The Line », gageons qu'il sera encore une fois nominé cette année et que c'est peut-être cette fois qui sera la bonne pour lui, je lui souhaite de tout cœur, il le mérite vraiment !
Un petit mot sur la musique du film, la partition de Wojciech Kilar est très bonne même si je trouve qu'elle est par moments un peu trop envahissante. Et puis le film contient deux morceaux de Blondie, et ça, ça m'enlève forcément toute objectivité parce que : Deborah Harry je t'aime !!!!!!!!
Voilà, je ne trouve donc aucun défaut majeur à « We Own The Night », une histoire intéressante et loin des clichés habituels du genre, des personnages charismatiques, profonds et magnifiquement interprètés, une mise en scène splendide, vraiment rien à redire.
Mais pour une raison que j'ignore, le film ne m'a pas si emballé que cela, et j'en suis le premier surpris, je lui laisserais volontiers une seconde chance et je vous dirais si « l'illumination » m'est venue, mais pour l'instant je suis contraint de le classer derrière les deux premiers films de James Gray. Cela dit, pour un « moins bon film » c'est tout de même une sacrée réussite et l'admiration que j'ai pour Gray ne s'en trouve en rien diminuée.
7,5/10 jusqu'à nouvel ordre.