Cela va être très dur de mettre des mots sur ce que m'a fait ressentir ce monument du film de guerre, du film russe et du cinéma tout court.
Parce que "Requiem Pour Un Massacre" est avant tout un film émotionnellement très intense, de la tristesse, de l'horreur, de la tendresse, de l'incompréhension, de la colère, de l'impuissance etc etc ...
On passe par tous les états, Elmi Kilmov réalise peut-être le film qui exprime le mieux toute l'horreur de la guerre. Loin des classiques américains du genre, Kilmov nous plonge au cœur de la seconde guerre mondiale par le biais d'un adolescent Bielorusse qui va s'engager volontairement dans l'armée. Il part "la fleur au fusil" avec une idée très "glamourisée" de la guerre et il va vite se rendre compte que la folie guerrière des hommes n'a pas de limites.
L'identification est totale, le fait d'avoir choisi un être aussi "innocent" comme personnage principal se révèle, et ce dès les premières minutes du métrage, payant et le spectateur est tout de suite pris aux tripes et la tension ira crescendo jusqu'à un final d'une violence psychologique presque insoutenable.
Et le fait d'avoir réussi à aussi bien retranscrire l'enfer du conflit avec autant d'efficacité est encore renforcé par le peu de violence graphique et même de "scènes de combats", on se sent toujours au cœur du conflit, mais les séquences spectaculaires présentes dans à peu près tous les films américains du genre sont ici réduites au strict minimum. La guerre est ici comme un fantôme, elle est omniprésente, mais on en prend vraiment conscience que par de petites bribes, un avion par là, des tirs de mitrailleuses par ici et quelques bombardements d'un ennemi invisible.
L'horreur totale ne prendra finalement place que dans la dernière partie du film avec la décimation totale d'un petit village Bielorusse. Les scènes sont d'une violence rare, les images hanteront longtemps le spectateur et, je me répète, c'est peut-être la vision la plus proche de ce qu'a été cette terrible période de l'histoire qu'il m'est été donné l'occasion de voir.
La mise en scène de Klimov et purement et simplement parfaite. Le montage très fluide et les innombrables plans-séquences qui parcourent ce "Requiem Pour Un Massacre" contribuent grandement à plonger le spectateur au cœur de l'horreur. On pense inévitablement à l'immense Andreï Tarkovsky et ça c'est le plus grand compliment que l'on peut lui faire.
La photographie d'Aleksei Rodionov est tout simplement magnifique, entre la triste grisaille de ces paysages décimés et la beauté époustouflante de certaines séquences oniriques comme celle l'averse au début, son travail est remarquable et il faut lui tirer un grand coup de chapeau.
Mais plus encore que le travail sur l'image, c'est tout ce qui a été fait sur le son qui impressionne finalement le plus. Le point de vu de Florya est adopté en permanence et tous les sons sont retranscrits comme il les entend lui. Cela a pour effet d'encore renforcer l'identification et de faire de la vision de "Requiem Pour Un Massacre" une expérience éprouvante et inoubliable.
Mais l'énorme force du film, bien plus encore que son aspect visuel ou sonore, c'est la prestation hallucinante de son jeune acteur principal, à 15 ans, Aleksei Kravchenko livre une interprétation d'une justesse surnaturelle. C'est même effrayant de voir à quel point il devient son personnage, on croirait presque à un documentaire par moments, ça sentirait presque le vécu. Sa transformation physique entre le début et la fin du film en est l'exemple le plus flagrant, on dirait qu'il a pris 20 ans en deux heures, c'est tout simplement exceptionnel. Les nombreux gros-plans sur son visage meurtri par l'horreur resteront à tout jamais gravés dans la mémoire de quiconque à un jour visionné le film.
Au final "Requiem Pour Un Massacre" dépasse le simple cadre de l'œuvre cinématographique, c'est une œuvre dont la vision est presque nécessaire, et avec cette dernière scène suffocante d'intensité émotionnelle, Elmi Klimov pose une question, certes, maintes et maintes fois abordée mais qui trouve une pertinence toute nouvelle après la vision de son chef-d'œuvre : jusqu'où faut-il remonter pour trouver l'origine du Mal ?
10/10
J'ai vu ce chef-d'oeuvre, il y a très peu et le moins que l'on puisse c'est que l'on ne sort pas indemme d'un tel film. Des séquences fortes alliant poésie et cruauté. La scéne de massacre par les SS du village Biélorusse reste dans toute les mémoires. Un jeune acteur comme tu l'a écrit qui se métamorphose au fil des images et des horreurs qu'il va rencontrées.
Pour l'anecdote, ce film est classé par Sean Penn comme le meilleure film de guerre de tous les temps.