Je me lance dans un exercice tout nouveau pour moi, au lieu de vous parler de cinéma ou de séries comme j'en ai l'habitude, je vais essayer de donner mon avis sur un livre.
Et la première (et dernière) ? "critique" que je vous offre est celle d'un livre majeur de la littérature américaine moderne, quitte à se jeter dans le bain, autant le faire avec un chef-d'œuvre !
Parce que oui, "Le Bruit et la Fureur" est un chef-d'œuvre, une œuvre forte et très difficile d'accès, plusieurs lectures seront nécessaires pour tenter de capter toutes les nuances de récit.
En prenant pour prétexte un drame familial typique se déroulant dans le sud des Etats-Unis à l'aube de la crise de 1929, Faulkner se livre à un exercice très périlleux : la retranscription du processus de la pensée humaine. Et pour se faire il divise son roman en quatre chapitres, se déroulant chacun en une journée, qui sont tous racontés d'un point de vu différent.
Le premier est sûrement le plus difficile à appréhender, mais aussi le plus fascinant des quatre, cette journée du 7 avril 1928 nous est contée du point de vu de Benjy Compson, un des fils de la famille qui a la particularité d'être un simplet. Alors il est difficile de décrire ce que l'on ressent à la lecture de ce premier chapitre, on est tout d'abord un peu surpris, on ne comprend pas grand-chose, mais la beauté du style est telle qu'on se laisse porter par ce flot de pensées chaotique qui n'a de sens que pour Benjy. On arrive à capter par bribes quelques informations sur les événements qui ponctuent cette journée du printemps 1928 mais il serait malhonnête de prétendre le l'on a vraiment saisi ce qui se passait, mais peu importe, l'essentiel, c'est la virtuosité avec laquelle Faulkner retranscrit les pensées de ce pauvre Benjy, c'est tout simplement brillant.
Le second chapitre est un flash-back qui suit les états d'âme de Quentin Compson, un des frères de Benjy, qui en cette journée du 2 juin 1910 va décider de mettre fin à ses jours. Et c'est mon chapitre préféré, le personnage de Quentin étant de loin le plus attachant, c'est bouleversant de le voir ainsi ressasser sans cesse ses soucis (à dire 10 fois de suite :-D). Au niveau du style, c'est là aussi d'une beauté infinie, Faulkner ose tout, il nous perd dans les méandres de ces tergiversations suicidaires, mais jamais on ne se sent perdu, au contraire, la dernière journée de ce personnage dont on vient de faire la connaissance nous perce le cœur. L'épisode de la petite fille perdue est un sommet d'émotion et de pureté cristalline, c'est mon passage favori de tout le livre, rien que d'y repenser j'en ai encore des frissons.
C'est dans la tête de Jason Compson, le deuxième frère de Quentin, que l'on va vivre le 6 avril 1928.
Jason c'est le personnage antipathique par excellence, il broie du noir tout au long de ses journées et il n'a de cesse de se plaindre et de se prendre pour un saint martyr. Le fait que le personnage soit aussi insupportable rend la lecture de ce troisième chapitre assez laborieuse, non pas que ce soit mal écrit mais cela m'a vraiment fatigué de suivre des pensées aussi négatives pendant plus de 60 pages. Et le fait que le style de Faulkner redevienne un peu plus classique n'est certainement pas étranger au fait que c'est le chapitre auquel j'accroche le moins.
Et enfin l'épilogue qui se déroule le 8 avril 1928. Retour à la "normale" puisque cet ultime chapitre reprend le concept du narrateur omniscient, ce qui permet au lecteur de comprendre beaucoup de choses restées obscures jusqu'à maintenant. Les premières descriptions de lieux et de personnages arrivent dans cette quatrième partie et l'on peut enfin avoir une image mentale de ces personnages que l'on suit avec passion depuis maintenant plus de 200 pages.
Une autre particularité du livre, c'est que le personnage central du roman n'a pas de chapitre dédié. Candace Compson, dit Caddy, est clairement la pièce maîtresse de ce puzzle littéraire mais jamais on ne connaîtra son point de vu, on ne pourra se faire une idée de son caractère qu'à travers le prisme déformé des pensées de trois frères que tout oppose.
Voilà, "Le Bruit et la Fureur" renferme encore 1001 idées qui en font un chef-d'œuvre absolu mais aussi un livre difficile d'accès. Le fait d'avoir nommé deux personnages Quentin en est l'exemple parfait, c'est lourd de sens, mais cela rend le récit d'autant plus confus.
En conclusion je ne peux que vous encourager à découvrir cette petite merveille, le style très particulier en dégoûtera sûrement certains mais pour les autres, la fulgurance de William Faulkner vous laissera sans voix. Inestimable, voilà le mot qui résume le mieux ce classique.
P.S: pour ceux qui le liront dans l'excellente édition de poche chez folio, je vous inivte à lire l'excellente introduction du traducteur qui parvient à résumer le livre de manière assez limpide mais il faut la lire
APRÈS le roman, sous peine de se voir gâcher tout le plaisir.
J'espère que ma première incursion dans le monde littéraire vous aura plu, j'attends vos remarques (positives ou négatives) dans les commentaires, see ya...
Certainement pas ta dernière critique de livre. Après Faulkner, il faut que tu lises Kerouac. Après ça, tu sauras ce qu'il nous reste à faire : nos bagages et pointer du doigt sur la route, direction n'importe où.
En espérant que Fagin voudra bien se bouger les miches et sortir du triptyque billard/basket/grec.
Ah oui, et comme pour la préface, il faut lire ta critique APRÈS avoir lu le roman. :D
Terry O'Quinn et Katherine Heigl qui reçoivent un Emmy chacun, c'est comme avaler une boite de Viagra entière.
Je suis chaud pour l'autostop mais seulement si on passe par la Slovaquie. Est ce que Kerouac il parle de la faune féminine de l'Europe de l'Est ?? Si oui, je viens chercher le bouquin tout de suite, à pied.
Et je rajouterai qu'il faut lire le roman APRÈS avoir lu le roman, ou le contraire je sais plus trop ...
Pour le "LEAVE BRITNEY ALONE !!!!!", elle me fascine cette meuf. Elle est passée par les phases petite fille gentille (et vierge), white trash qui pond gosse après gosse, alcoolique complètement malade et maintenant, à la vision de sa mythique prestation au VMAs, elle est en mode "plus rien à foutre", elle oublie les paroles et ça la fait marrer, c'est limite si elle ne baille pas en dansant. THE NEW BRITNEY RULES MOTHERFUCKER !!!! :D